À Djagblé, derrière les portes closes du bar HIGH CLASS, ce n’est pas seulement une activité qui s’est arrêtée. C’est toute une dynamique économique et sociale qui s’est effondrée, laissant des travailleurs sans repères et un promoteur dans l’incompréhension totale.
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Fermé depuis avril 2025, le bar HIGH CLASS de Djagblé est aujourd’hui au cœur d’une affaire qui dépasse le simple conflit de voisinage. Entre saisies répétées, décisions administratives contestées et des investissements en péril, ce dossier soulève de nombreuses interrogations.

À l’origine, rien ne laissait présager une telle issue. Ouvert en décembre 2021, le bar HIGH CLASS avait pourtant pris toutes les dispositions pour limiter les nuisances sonores sinon pour cohabiter avec son voisinage. Très tôt, face aux premières plaintes, ses responsables avaient instauré une discipline stricte.
« Nous ne faisons pas de bruit dans la semaine (…) et à partir de 22 heures, nous diminuons le volume », explique le promoteur.
Des efforts salués au point où, selon lui, certaines personnes qui se plaignaient au départ fréquentaient ensuite le bar « en temps d’ambiance ». Le climat semblait donc apaisé… jusqu’à ce que la situation bascule.
Une montée de tensions et des plaintes répétées
À partir de 2024, les choses s’accélèrent. Le 22 mai, le promoteur est convoqué au commissariat de Djagblé. Malgré les ajustements faits sur le volume sonore, la police procède à une première saisie de matériel le 24 mai, puis une seconde dans la nuit du 26 mai.
Dans les jours qui suivent, les événements prennent une tournure inhabituelle. Le 2 juin 2024, une équipe est aperçue sur un toit voisin, filmant le bar et enregistrant le son en pleine activité. Une scène qui choque les clients et crée une vive tension.
Mais c’est surtout le 19 juin 2024 que la situation atteint un point critique. Conduit devant le procureur à Tsévié pour une affaire de propos jugés menaçants, le promoteur se retrouve brièvement en détention. Il sera libéré après quelques jours grâce à certaines interventions.
Saisies à répétition et décisions controversées
Malgré la restitution du matériel le 28 juin 2024, les saisies reprennent en juillet. Le 14 juillet, puis le 28 juillet, des équipements sont encore emportés, parfois en présence de forces de sécurité lourdement armées.
Selon le promoteur, « toutes ces saisies ont été opérées sans aucun mandat », et sans véritable enquête préalable des autorités compétentes.
En septembre 2024, un arrêté préfectoral est pris pour encadrer les nuisances sonores. Mais quelques jours plus tard, un autre document ordonne la fermeture du bar.
Le 26 novembre 2024, la fermeture est officialisée pour 90 jours. Le bar rouvrira brièvement en décembre, avant d’être de nouveau fermé par décision judiciaire le 18 février 2025, puis définitivement le 14 avril 2025. Depuis là, le silence s’est installé et personne ne dit rien.
15 employés abandonnés à leur sort
Bientôt cela va faire un an que le bar HIGH CLASS est fermé. Et derrière cette fermeture, ce sont plus de 15 employés qui se retrouvent sans emploi. Serveurs, DJ, agents de sécurité… tous vivaient de cette activité. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes, sans revenu stable.
Dans un contexte économique déjà fragile, cette situation est dramatique. Ce ne sont pas seulement des emplois qui disparaissent, ce sont des familles entières qui basculent dans la précarité.
Des pertes financières lourdes et silencieuses
À cette détresse humaine s’ajoutent des pertes économiques considérables. Depuis avril 2025, une importante quantité de boissons est restée stockée dans les réfrigérateurs du promoteur.
Des produits périssables, immobilisés pendant des mois, dont une grande partie est aujourd’hui perdue. Chaque bouteille invendue est un rappel du manque à gagner et de l’impasse dans laquelle se trouve l’entreprise.
Une incompréhension totale dans le quartier
Sur le terrain, l’incompréhension est palpable. Plusieurs témoignages indiquent que le bar était loin d’être le plus bruyant de la zone. Certains agents l’auraient même cité en exemple.
Un voisin, visiblement dépassé par la situation, lâche cette question qui résonne comme un cri du cœur.
« Comment un bar peut-il fonctionner sans musique ? Et pire, que vont devenir ses employés après un an de fermeture ? », s’est questionné un voisin rencontré sur le lieu.
Entrepreneurs en difficulté, pouvoir en question
Au-delà de ce cas précis, l’affaire du bar HIGH CLASS met en lumière les difficultés structurelles auxquelles font face les entrepreneurs togolais.
Manque de stabilité, décisions administratives parfois contradictoires, insécurité juridique… autant de facteurs qui fragilisent les initiatives privées.
Mais plus grave encore, cette affaire soulève la question de l’abus de pouvoir. Lorsque des autorités deviennent elles-mêmes des voisins directement impliqués dans des conflits, le risque de dérive est réel.
Entre régulation légitime et pression personnelle, la frontière devient floue.
Un appel pressant aux autorités togolaises
Aujourd’hui, une question demeure : combien de temps encore cette situation va-t-elle durer ? Peut-on laisser une entreprise fermée pendant un an sans solution claire ?
Peut-on ignorer la détresse de plus de 15 travailleurs et les pertes subies ?
Face à cette situation, un appel solennel est lancé aux premières autorités du Togo afin qu’elles se saisissent du dossier et permettent de trouver une issue juste, équitable et durable.
À Djagblé, le bar HIGH CLASS est réduit au silence. Mais derrière ce silence, il y a des voix qui attendent d’être entendues.
La rédaction

