Il est des décès qui révoltent, et celui du malheureux Akawa Badjo Nestor en est un. Moins de 72 heures après son kidnapping et des sévices corporels qu’il aurait subis au sein de la brigade du village d’Agbatitoe dans la préfecture de Haho, les parents de la victime ont été informés que le corps de leur fils repose désormais à la morgue du centre hospitalier préfectoral de Notsé. À cause d’une « dette » de 700 000 ou 1 million à lui imputée au cours de la campagne de soja en 2020-2021.
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Dans le village de Laocopé, un drame s’est produit. Après plus de 48 h de tortures physiques à lui infligées par des gendarmes de la brigade d’Agbatitoe, le jeune Akawa Badjo a rendu l’âme au sein de la brigade. Et pour se soustraire de leur responsabilité, les gendarmes sont allés déposer le corps à la morgue de Notsé. Mais quel était le crime retenu contre la victime ?
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Dans une déclaration signée des membres de la famille, des témoins et du chef du village, il est rapporté que la raison est liée à une somme d’argent liée à la campagne de soja entre 2020 et 2021.
Plus exactement, « c’est une société du nom de SOFT-GROWN qui a financé le projet de production de soja grains à LAO-Copé. Après achat et commercialisation du soja, il fallait prélever l’argent des semences chez chaque producteur et la somme totale réunie plus l’argent des sachets qui contenaient le soja frais : 1 un million (1 000 000) depuis la campagne 2020-2021. Le mis en cause (le défunt) devait, avec le comité, aller verser le lendemain cette somme à la direction de ladite société pour la prochaine commande. Au petit matin, le trésorier constate que l’argent a disparu. Il rend compte au comité puis à M. Jacques, celui qui a piloté le projet à LAO-Copé. Informé de l’affaire, M. Jacques s’est transporté sur le lieu et a constaté réellement les faits et a demandé de faire tout pour lui payer la dette, car le directeur du projet, le Blanc, est parti ».
Et depuis, la vie a suivi son cours, jusqu’au mardi 10 février 2026, soit plus de cinq ans après. Selon les témoignages, un guet-apens a été tendu à la victime par des hommes à moto qui lui auraient demandé de leur montrer quelque chose au champ. N’ayant rien à se reprocher, il les a accompagnés, et c’est au champ qu’il a été arrêté, menotté et conduit à la brigade.
« Informés, le chef du village et un délégué de la famille Akawa se sont rendus à la brigade pour s’enquérir du but de son arrestation. Arrivés, ils constatent que leur frère n’était pas dans une cellule, mais menotté des deux mains à un banc et recevait des coups de fouet », ont constaté les témoins.
Mais l’affaire prendra très vite une autre tournure. Selon les informations, la famille est repartie pour chercher les moyens et revenir négocier. Ainsi, le lendemain de l’arrestation, le plaignant n’était pas arrivé alors que la victime était livrée aux humeurs et envies des gendarmes ; et c’est le jour suivant que le plaignant était apparu, puis la négociation avait eu lieu avec la famille. Il est ressorti que le plaignant réclame une somme de 250 000 FCFA comme avance contre une dette d’un million. Soit dit en passant, il s’agirait en réalité d’un montant de 700 000 FCFA.
La famille était incapable de verser les 250 000 FCFA, et a donc proposé une somme de 50 000 FCFA en plus du reçu d’un demi-lot de terrain, mais leur proposition a été rejetée par le plaignant qui exigeait toujours les 250 000 FCFA.
Et comme s’il savait de quoi son avenir proche serait fait, Nestor demandait à ses parents de ne pas le laisser seul avec les gendarmes, « car les éléments de la brigade allaient le tuer ».
Le lundi 2 mars 2026, nous avons cherché à confronter ces informations et avons pris attache avec le Commandant de brigade (CB) pour en savoir plus sur les circonstances de la mort du jeune homme.
« Monsieur, qu’est-ce que vous voulez, stp laissez-moi en paix ; si un prisonnier est mort, de quoi je me mêle ? Est-ce que je suis un pénitentiaire ? ». Telle fut la réponse du CB.
Mais lorsque nous avons rebondi pour lui faire comprendre que 48 h passées en garde à vue ne font pas d’un prévenu un détenu et que son adjoint aurait violenté la victime pour une dette datant de 2021, le CB nous a presque ainsi menacés : « Est-ce mon nom tu as vu sur le dossier ? Attention de ne pas menacer ma paix M. Salut ».
Voilà comment un prévenu, pour une affaire de dette vieille de 5 ans, perd ainsi la vie du fait de gendarmes, étant donné que la victime ne souffrait d’aucune maladie avant sa garde à vue.
Aux dernières nouvelles, une autopsie serait commanditée pour déterminer s’il y a eu ou non violences physiques sur la personne de feu Nestor.
Il ne s’agit pas d’une bavure, mais bien d’un abus d’autorité, étant donné que les affaires de dette n’impliquent pas des traitements, cruels, inhumains et dégradants sur les débiteurs ; encore que le créancier par qui le malheur est arrivé, n’est pas le créancier légitime. Reste à savoir l’intérêt qu’avaient les gendarmes à molester le jeune homme jusqu’à sa mort.
Avions-nous tort de chercher à informer les citoyens sur ce qui se passe dans les tréfonds du pays ? Il serait bien que la hiérarchie du CB cherche à comprendre en quoi nous menaçons la paix de celui-ci.
Source : Liberté nº4074

