Entre flambée des prix du pétrole et fragilité des économies, la crise entre Iran et les États-Unis révèle une Afrique toujours dépendante et exposée aux secousses du monde. Lisez plutôt la tribune du journaliste Michel Glory Samuel TAKPAH !
REJOIGNEZ NOTRE CHAÎNE WHATSAPP POUR SUIVRE LES INFORMATIONS EN TEMPS RÉEL
Conflit Iran-USA : quand le mythe de la souveraineté africaine vacille
Alors que le conflit au Moyen-Orient semble continuer à un rythme soutenu avec des perturbations prolongées, l’Afrique, “spectatrice victime” voit sa souveraineté être mise à rude épreuve.
En effet, la fermeture du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique qui assure. habituellement le transit d’environ 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz, a fait créer une onde de choc régionale et par ricochet sur l’Afrique qui commerce essentiellement avec des pays du Moyen-Orient.
Cette perturbation combinée aux dommages subis par les autres secteurs clés (aériens, fret, tourisme, éducation…) dans cette zone provoquent une flambée des prix de l’énergie, en Afrique où de nombreux pays sont importateurs nets de pétrole. Cette hausse se traduit immédiatement par une augmentation des coûts de transport, de production et, in fine, du coût de la vie, créant une inflation et une stagnation de l’économie.
« L’escalade continue du conflit aggrave l’instabilité mondiale, avec de graves conséquences pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, en particulier en Afrique où les pressions économiques demeurent vives », a précisé dans ce sens le Président de la Commission de l’Union africaine, M. Mahmoud Ali Youssouf.
Il faut déjà noter que les prix mondiaux du pétrole avaient déjà bondi de plus de 50 % à fin mars. Vingt-neuf (29) monnaies africaines se sont dépréciées, renchérissant le service de la dette extérieure et les importations de produits alimentaires, de carburant et d’engrais.
Cet état des choses démontre de manière assez factuel, que le discours souverainiste emprunt de populisme très en vogue sur le continent (notamment en Afrique subsaharienne) n’est que la neige qui se fond à la lumière du soleil. Il remet sur la table l’inclassable théorie de la mondialisation des échanges, et de l’interdépendance économique.
Une dépendance structurelle mise à nu
Le conflit agit comme un révélateur d’une réalité plus profonde : la dépendance structurelle du continent. Dépendance énergétique au prime abord . Malgré ses ressources naturelles, une grande partie de l’Afrique reste dépendante des importations d’hydrocarbures raffinés.
Lorsque les marchés internationaux s’emballent, les États africains ont peu de marge de manœuvre. Dépendance alimentaire ensuite. La hausse des prix de l’énergie entraîne celle des engrais et des denrées agricoles, compromettant la sécurité alimentaire.
Les perturbations des approvisionnements en intrants agricoles menacent directement les campagnes agricoles, notamment dans les pays les plus vulnérables. Et enfin, une dépendance financière; la dépréciation de nombreuses monnaies africaines renchérit le coût de la dette et des importations, accentuant la fragilité budgétaire des États.
Toutes ces remarques mises bout à bout, font chuter le discours et le fantasme de souveraineté autarcique de son piédestal. Car, dans les faits, il est difficile pour un Etat africain d’absorber les chocs externes, d’arriver à contrôler ses ressources stratégiques et à limiter sa vulnérabilité aux crises internationales.
Au Kenya par exemple, la filière thé qui est l’un des piliers de l’économie a subi un ralentissement provoquant une accumulation de 8 000 tonnes de feuilles dans la ville de Mombasa . Pour ce secteur, le pays dépend des exportations vers le moyen-orient qui pèsent pour 20 à 25 % du total des ventes, absorbant annuellement 100 000 tonnes de la feuille avec des destinations comme l’Iran, les Émirats arabes unis, l’Arabie Saoudite et le Yémen.
Même si les crises internationales n’atteignent pas les pays africains de la même manière, ils restent des économies fortement exposées. Une quinzaine d’entre elles dépendent encore largement des matières premières, les rendant particulièrement sensibles aux fluctuations des marchés mondiaux.
Michel Glory Samuel TAKPAH
Journaliste et économiste togolais

