“Sandaogo Damiba expulsé : un choix stratégique ou un compromis sous pression ?”

“Sandaogo Damiba expulsé : un choix stratégique ou un compromis sous pression ?”

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Michel Glory Samuel TAKPAH analyse les dessous de l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba par le Togo. Entre pressions de Ouagadougou et enjeux de crédibilité régionale, le journaliste et économiste révèle comment Lomé a dû arbitrer entre solidarité africaine et réalités politiques sous-régionales. Lisez plutôt !

Michel Glory Samuel TAKPAH

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Extradition de Sandaogo Damiba : Lomé a-t-il cédé au chantage de Traoré ?

L’ex-président déchu burkinabè Paul -Henri Sandaogo Damiba a été expulsé ce 18 janvier du Togo, où il était en exil depuis septembre 2022. Alors que les rumeurs d’un coup d’Etat orchestré à partir de Lomé grandissent depuis plusieurs semaines, cette action d’extradition sonne comme la fin d’un long épisode. Cependant, il est clair que les interpellations, les pressions sur les réseaux sociaux, les lobbies dans les officines sont entre autres éléments qui ont fait pencher la balance du côté de Ouagadougou. Entre surprises d’un côté et attentes de l’autre, l’on pourrait se demander ce qui a vite fait basculer la carte du côté de Ouagadougou .

Faure Gnassingbé, entre défis de crédibilité et jeu commercial

Il est clair que cette action d’extradition qui relève des décisions des plus hautes autorités togolaises, a en soupape des calculs politiques assez clairs. En effet, le Togo par le truchement de son numéro 1 Faure Gnassingbé, a abordé une virée souverainiste et panafricaine claire pour certains et ambiguë pour d’autres au cours de ces dernières années.

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Dans la ligne de mire de ce positionnement régional et international, le pays s’est d’ailleurs rapproché de la nouvelle organisation( Alliance des États du Sahel (AES) ) fondée par les 03 pays qui ont quitté la Cedeao. Ainsi, en cédant à la volonté de Ouagadougou , le Togo réaffirme et consolide son attachement à l’établissement d’un certain nouvel ordre institutionnel au sein de la sous-région, en totale opposition à des tendances conservatrices comme celles de la Côte d’Ivoire de Ouattara , du Bénin de Patrice Guillaume Athanase Talon ou encore au Nigéria de Bola Hamed Tinubu .

Sur un tout autre volet, il faut relever que les enjeux économiques et commerciaux ont fortement pesé dans le processus de cette extradition. En effet, au-delà de l’aspect politique et sécuritaire, cette décision d’extrader réconforte le Togo dans sa position de premier partenaire commercial de l’AES. Dans le détail , le Port de Lomé représente un corridor vital pour le Burkina Faso, absorbant selon les chiffres officiels , environ 65 % du fret burkinabé.

Au premier trimestre 2025 par exemple, les échanges bilatéraux ont connu une forte hausse, atteignant près de 40 milliards FCFA. Sur le plan mondial, le Burkina Faso occupe la deuxième place parmi les partenaires du Togo, derrière l’Inde, avec une part de 10,4 % des exportations togolaises.

Face à toutes ces données et à ce faisceau de dépendance commerciale, il est clair que la volonté de Ouagadougou influe fortement sur la politique extérieure et régionale du Togo; tout ceci, amplifié par une assiette de la dette togolaise très salée. Dans les chiffres, la dette publique du Togo représentait 65 % du PIB au premier semestre 2025, alors qu’elle a frôlé le seuil communautaire des 70% un an plus tôt.

Pour le reste, le président Damiba risque au Burkina d’être condamné à la perpétuité ou à la peine de mort (réforme majeure du code pénal burkinabé en cours). Pour l’heure aucune organisation politique de la sous-région ne s’est encore prononcée sur l’affaire.

Michel Glory Samuel TAKPAH

Journaliste et économiste togolais

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