Aéroport de Lomé : quand le recours à l’étranger devient un mépris pour les nationaux
La possible arrivée du groupe français Lagardère dans la gestion des activités commerciales de l’aéroport international Gnassingbé Eyadéma de Lomé relance le débat sur la place des compétences nationales. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle un intervenant présente le recours à une entreprise française comme une garantie de sérieux, suscite des interrogations. Au-delà de ce dossier, c’est cette tendance à sous-estimer les capacités des Togolais qui interpelle.
À LIRE AUSSI : Leadership imperturbable : l’ambition de Johaness Makouvia prend une dimension panafricaine
« Et quoi de plus sérieux qu’un groupe français ? » La question, lancée dans une vidéo portant le filigrane @analymonde3, se veut manifestement convaincante. Le texte affiché à l’écran enfonce le clou : « On finit toujours par appeler les Français ».
Derrière ces propos, une idée dérangeante se dessine : lorsqu’il s’agit de gérer des activités importantes, le sérieux et la compétence seraient naturellement du côté français. Comme si les Togolais étaient incapables de relever les mêmes défis et qu’il fallait nécessairement se tourner vers l’étranger pour obtenir des résultats satisfaisants.
Une telle manière de présenter les choses mérite d’être contestée. La compétence n’a pas de nationalité. Elle se démontre par l’expérience, la formation, le savoir-faire et les résultats, et non par le seul nom ou l’origine d’une entreprise.
Les compétences togolaises ne doivent pas être reléguées au second plan
Le Togo dispose de cadres, de techniciens, de gestionnaires et d’entrepreneurs capables d’assumer des responsabilités dans des secteurs stratégiques. Pourtant, chaque fois qu’un projet d’envergure implique un partenaire étranger, la question de la capacité des nationaux semble parfois passer au second plan.
Pourquoi faudrait-il considérer comme une évidence qu’un groupe français serait plus sérieux qu’une entreprise togolaise ? Sur quels critères repose une telle affirmation ? L’expérience internationale peut constituer un atout, mais elle ne saurait remplacer une évaluation objective des compétences et des performances.
Il ne s’agit pas de rejeter les entreprises étrangères ni de remettre en cause leur savoir-faire. Le Togo peut légitimement rechercher des partenaires capables de contribuer à la modernisation de ses infrastructures. Mais cette ouverture ne doit jamais se transformer en complexe d’infériorité, encore moins en prétexte pour dévaloriser les compétences nationales.
Faire appel à l’expertise étrangère peut être un choix économique. Présenter ce choix comme la preuve de l’incapacité des Togolais relève d’un tout autre discours.
Aéroport de Lomé : les intérêts du Togo d’abord
L’aéroport international Gnassingbé Eyadéma constitue une infrastructure majeure pour le pays. Il participe à son ouverture sur le monde, facilite les échanges et contribue à son attractivité économique. Les décisions relatives à ses activités commerciales méritent donc une attention particulière.
Dans ce contexte, la possible arrivée de Lagardère Travel Retail doit être appréciée à partir de critères précis : la qualité des services proposés, les investissements envisagés, les conditions financières, les emplois susceptibles d’être créés et les retombées attendues pour l’économie togolaise.
Mais une autre préoccupation doit également être prise en compte : quelle place sera accordée aux nationaux dans cette dynamique ? Les entreprises togolaises pourront-elles participer aux activités commerciales de l’aéroport ? Les cadres locaux auront-ils accès à des postes de responsabilité ? Des mécanismes permettront-ils de renforcer leurs compétences et de favoriser leur progression ?
Ces questions sont légitimes. Une infrastructure située au Togo doit aussi contribuer au développement des capacités locales. Les Togolais ne devraient pas être de simples spectateurs des opportunités économiques générées sur leur propre territoire.
Lagardère annoncé comme favori : que sait-on réellement ?
Dans un article publié le 21 octobre 2026, Africa Intelligence présentait Lagardère comme favori pour reprendre la gestion commerciale de la plateforme aéroportuaire de Lomé. Cette information appelle des clarifications sur l’état réel du dossier.
La concession des boutiques hors taxes a-t-elle déjà été attribuée au groupe français ? Si oui, selon quelle procédure et à quelles conditions ? Quelle place a été réservée aux entreprises togolaises et quels bénéfices le pays peut-il attendre de cet éventuel partenariat ?
En l’absence d’informations officielles détaillées permettant de confirmer une attribution définitive, ces questions restent ouvertes. Il appartient aux responsables concernés d’apporter les précisions nécessaires sur les décisions prises et les objectifs poursuivis.
La transparence est d’autant plus importante que les choix opérés sur une infrastructure aussi stratégique engagent des intérêts économiques nationaux.
Le Togo n’a pas à s’excuser de faire confiance à ses propres fils
Ce qui choque dans cette vidéo, ce n’est pas qu’un groupe français puisse être pressenti pour gérer des activités commerciales à Lomé. C’est cette façon de présenter le recours aux Français comme une solution presque naturelle, comme si le Togo ne pouvait réussir sans leur intervention.
À force de considérer l’expertise étrangère comme supérieure par principe, on finit par fragiliser la confiance dans les compétences locales. Or, aucun pays ne peut véritablement construire son autonomie économique s’il doute constamment de la capacité de ses propres citoyens à diriger, entreprendre et innover.
Le Togo a besoin de partenariats, mais aussi d’une politique qui permette à ses nationaux de grandir, de gagner en expérience et d’accéder aux marchés stratégiques. Il a besoin d’investissements étrangers, sans que ceux-ci deviennent un argument pour minimiser le potentiel de ses propres ressources humaines.
La vraie question n’est donc pas de savoir si une entreprise française est plus sérieuse parce qu’elle est française. Elle est de déterminer quelle entreprise présente les meilleures garanties et comment son intervention peut servir les intérêts du pays.
Les Togolais n’ont pas besoin qu’on leur attribue une compétence par complaisance. Ils demandent simplement que leurs capacités soient reconnues et évaluées avec les mêmes exigences que celles des autres. La dignité nationale commence aussi par le refus des préjugés qui font de l’étranger une référence automatique et du national un choix par défaut.