Rentrée politique : le CAR propose 4 pistes pour dénouer la crise politique au Togo
Réuni samedi 31 octobre 2026 à Lomé à l’occasion de sa rentrée politique 2026-2027, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a réaffirmé sa volonté de privilégier la pression politique et le dialogue pour parvenir à une résolution durable de la crise togolaise. Le parti dirigé par Robert Yao Daté propose notamment une assise nationale, la libération des détenus politiques et une amnistie générale.
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Le Comité d’action pour le renouveau (CAR) entend remettre le réalisme politique au cœur de la lutte pour une sortie de crise au Togo. C’est le principal message porté par son président national, Robert Yao Daté, lors de la rentrée politique 2026-2027 du parti, organisée le samedi 31 octobre à Lomé autour du thème : « Le réalisme politique pour une résolution durable de la crise au Togo ».
À cette occasion, le parti a dressé le bilan de ses activités au cours de l’année politique écoulée et exposé ses propositions face à la situation sociopolitique nationale. Pour Robert Yao Daté, les méthodes employées depuis plusieurs années par les acteurs politiques n’ont pas permis de trouver une issue satisfaisante à la crise. Une situation qui, selon lui, entretient le désarroi et le désespoir au sein des populations.
Le président national du CAR a notamment rappelé les vingt ans de l’Accord politique global (APG), signé le 20 août 2006, qui devait servir de cadre aux réformes politiques et institutionnelles. Deux décennies après, il estime que les résultats attendus restent largement insuffisants. « Un enfant qui avait 5 ans en 2006 a aujourd’hui 25 ans », a-t-il illustré, invitant les acteurs politiques de toutes tendances à faire leur propre bilan.
Le CAR appelle à tourner la page des méthodes politiques infructueuses
Dans son discours d’ouverture, Robert Yao Daté a insisté sur la nécessité de revoir les stratégies de lutte politique. Le CAR estime que les confrontations répétées, les divisions au sein de l’opposition et les discours populistes ont contribué à prolonger la crise plutôt qu’à favoriser son dénouement.
« La lutte politique au Togo semble être un chemin sans issue laissant les populations dans le désarroi et le désespoir total », a-t-il déclaré, avant de poser la question de l’opportunité de poursuivre dans la même direction.
Le responsable politique a particulièrement mis en garde contre le populisme, qu’il considère comme un obstacle à la construction démocratique. « Le populisme est à la démocratie ce que le cancer est à l’organisme », a-t-il affirmé, appelant les forces démocratiques favorables à la pression politique et au dialogue à conjuguer leurs efforts.
Cette orientation s’inscrit dans la démarche que le CAR présente comme son principe cardinal : maintenir la pression tout en privilégiant la recherche de solutions négociées.
L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO au centre des propositions
Dans sa déclaration solennelle, le parti est également revenu sur l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO concernant le changement constitutionnel intervenu en avril 2024 au Togo.
Le CAR considère cette décision comme une nouvelle base juridique pour aborder la crise politique. Il s’appuie particulièrement sur le point 109 de l’arrêt, qui évoque la recherche d’une solution consensuelle entre les acteurs togolais.
Pour le parti, cette recommandation constitue une occasion de relancer les discussions politiques. Il invite ainsi le pouvoir et les autres acteurs concernés à se saisir de cette ouverture afin de parvenir à un règlement consensuel du différend.
La déclaration politique revient également sur plusieurs épisodes de l’histoire politique récente du pays, notamment les négociations ayant conduit à la signature de l’APG en 2006, les discussions autour des réformes constitutionnelles en 2015, la crise politique de 2018 et les propositions formulées par le CAR avant les élections législatives de 2024.
À travers ce rappel, le parti défend l’idée qu’un changement de méthode s’impose à l’opposition togolaise. Il estime que les expériences passées doivent servir de leçon pour éviter de nouvelles occasions manquées.
Une assise nationale, la libération des détenus politiques et une amnistie générale proposées
Pour sortir de l’impasse politique, le CAR avance quatre principales pistes de solutions : l’ouverture d’une assise nationale, la libération des détenus politiques, une amnistie générale et l’accompagnement de la communauté internationale.
Le parti estime également nécessaire de réfléchir à un nouveau cadre politique capable de favoriser un fonctionnement institutionnel apaisé et de créer les conditions d’une alternance pacifique au sommet de l’État.
Il remet ainsi en question l’efficacité du système fondé sur le principe majoritaire dans le contexte togolais actuel et appelle à une réflexion sur les mécanismes susceptibles de favoriser la construction d’un véritable État-nation.
Corruption, vie chère et difficultés quotidiennes des populations
Au-delà de la crise institutionnelle et politique, le CAR a consacré une partie de sa rentrée politique aux préoccupations sociales et économiques des Togolais.
Robert Yao Daté a rappelé les différentes interventions du parti au cours de l’année 2025-2026 dans le cadre de son initiative « Je dis politique ». Les inondations, les difficultés d’accès à l’eau potable, les facturations des abonnés prépayés de la CEET et de la TdE ainsi que la corruption ont notamment figuré parmi les sujets abordés.
Le président national a également dénoncé ce qu’il considère comme un manque de transparence dans la gestion de certaines structures publiques. Il a notamment évoqué les administrations chargées de collecter les taxes, les structures de contrôle des travaux publics et les organismes intervenant dans le secteur routier et celui des infrastructures.
« La corruption constitue le principal frein au développement de notre pays », a-t-il soutenu, appelant à davantage de transparence et de reddition de comptes dans la gestion des ressources publiques.
La vie chère a également occupé une place importante dans la déclaration solennelle du parti. Le CAR s’est notamment préoccupé de l’augmentation des prix des produits pétroliers, des déguerpissements de commerçants et d’autres travailleurs sans solution préalable de relogement, ainsi que des perturbations dans la fourniture de l’électricité.
Sur la question du carburant, le parti s’interroge sur l’évolution des prix à la pompe au regard des cours internationaux du pétrole. Il estime que la hausse des prix des produits pétroliers contribue à renchérir les produits de première nécessité et à accentuer les difficultés des ménages.
Face à cette situation, le CAR appelle les populations à prendre part au meeting contre la vie chère annoncé pour le 6 décembre 2026.
Le CAR entend poursuivre son implantation
Cette rentrée politique a également été l’occasion pour Robert Yao Daté de saluer l’engagement des militants et sympathisants du parti. Il a particulièrement insisté sur leurs contributions financières et leur mobilisation, qu’il considère comme essentielles à la continuité du CAR après la disparition de son président fondateur, Me Yawovi Agboyibo.
Le président national a réaffirmé sa volonté de préserver l’identité politique du parti et de consolider son implantation sur l’échiquier national.
À travers cette rentrée politique, le CAR affiche ainsi son intention de poursuivre son action sur deux fronts : la recherche d’une solution politique négociée à la crise togolaise et la défense des préoccupations quotidiennes des populations. Reste à savoir dans quelle mesure ses propositions pourront trouver un écho auprès des autres acteurs politiques et des autorités togolaises.
Marc Le Sucré GNAZOU (+22896141648)