Tribune/ Bénin : Wadagni à contre-courant de Talon ?
Les premières semaines du mandat de Romuald Wadagni laissent entrevoir une inflexion dans la politique extérieure béninoise. En engageant une tournée sous-régionale, le nouveau président semble vouloir redéfinir les priorités diplomatiques du pays, sans pour autant rompre totalement avec l’héritage de Patrice Talon.
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Wadagni face à l’héritage Talon : les premiers signes d’un changement de méthode
Alors qu’il a officiellement succédé au Président Patrice Guillaume Athanase Talon il y a quelques semaines, le nouveau président du Bénin semble marquer d’entrée son point de démarquage à l’égard de son prédécesseur.
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En effet, l’ex ministre des finances a effectué à la première semaine de son mandat une tournée sous-régionale qui l’a emmenée au Nigéria, au Niger, au Burkina-Faso, au Togo et en Côte d’Ivoire. Cette réactivation du dialogue sous-régional semble prendre à contre-pieds les observateurs surtout pour les pays de l’AES, en l’occurrence le Niger avec qui le pays a fermé sa frontière terrestre depuis presque trois ans.
Au fond, cette série de visites s’inscrit dans la droite ligne de ce que le président Romuald Wadagni déclarait déjà alors qu’il était candidat. Pour lui, il était important de renouer le dialogue avec les voisins, ce qu’ils n’ont pas su trop faire ces dernières années.
“Si nous ne collaborons pas davantage avec nos voisins, et si nos voisins ne collaborent pas davantage avec nous, nous ne ferons que déplacer temporairement le problème. Et le même problème finira par revenir vers nous”, précisait t-il.
Ce réalisme politique coïncide avec le profil technocratique de Romuald Wadagni qui s’inscrit dans du pragmatisme pur et dur. A l’inverse, Patrice Talon, qui a certes une teinture d’entrepreneur, a déroulé une approche du pouvoir qui est restée celle d’un politicien classique, surtout dans son deuxième mandat. Cette caractéristique s’est notamment traduite dans sa manière de centraliser les décisions et certaines institutions, un style au ton rude et direct même s’il faut le payer au prix fort.
En exemple, la fermeture des frontières avec le Niger qui a fortement impacté le Port Autonome de Cotonou, avec une baisse globale du trafic estimée à environ 20 % et un Chiffre d’affaires en tendance baissière continue (entre 10 % et 15 %, certains chiffres informels évoquent même un impact plus lourd à l’échelle du secteur).
A la différence, le nouveau président Romuald Wadagni, vieux briscard du monde de la finance , formé dans les institutions financières (Deloitte, BIDC où il a été au conseil des gouverneurs entretenant ainsi un réseau impressionnant de relations à Lomé, Havard Etc…) applique une logique utilitariste à sa gouvernance, en tout cas de ses premières semaines notamment en diplomatie.
Ainsi, cet habitué des institutions de Brettons Woods va privilégier la concertation et la négociation, rechercher des compromis pragmatiques, faire usage des leviers économiques et diplomatiques afin de doper la confiance des investisseurs sur le marché et offrir encore plus de meilleures perspectives commerciales à l’international.
Dans les cas d’espèces, pour le nouveau président, une frontière fermée ou une relation bilatérale dégradée représente un énorme manque à gagner et un problème économique à résoudre. La lecture cesse d’être simplement politique et fondamentalement idéologique, elle est avant tout économique et financière.
Un néo-libéralisme à l’africaine, à l’orée des tensions géopolitiques et des questions de souverainisme qui gangrènent la sous-région, le président Wadagni se pare d’une arme efficace : priorité aux intérêts de l’Etat béninois, même au prix des compromissions que certains imaginent impossibles il y a quelques mois.
En somme, s’il est pour l’instant très tendancieux de se prononcer sur la politique de Wadagni (puisqu’il faut du temps), il est cependant clair que le nouveau président tente déjà d’imprimer sa marque. L’ex-ministre des finances de Talon n’est pas à proprement parler à contre-courant (puisque même logique de politique interne, continuité d’équipe etc..), mais il est dans une dynamique différente de collaboration à l’international pour s’attirer le plus de marchés au delà des positions politiques classiques et des idéologies extrémistes et autarciques.
Michel Glory Samuel TAKPAH
Journaliste et économiste togolais